Laghouat Porte du Sahara

D’opale dans l’écrin d’émeraude des palmes
Où le vent du désert fait un bruit de marée
Par ces soirs printaniers, si lumineux et calmes
Laghouat a des langueurs de vierge énamourée (1)

Bâtie à 787 mètres d’altitude, Laghouat est divisée en deux vallées occupées par deux oasis, l’une au nord, l’autre au sud.
Elle est la porte du désert, une croisée de chemin entre sédentaires vivants de l’agriculture, de l’artisanat, et du commerce, et nomades trouvant en cette aire une étape de repos et d’échanges.
Une magnifique cité aux terrasses serrées en formes de cubes et maisons en toubs blanchies à la chaux enfermant vigne et jasmin, arbres privilégiés des laghouatis pour orner leurs cours intérieures. Elle inspira Eugene Fromentin lors de son voyage à Laghouat en 1853 peignant ces maisons, stipes debout, solides et silencieux !

S’il n’existe pas d’archives, ou de certitudes, nous trouvons néanmoins dans la région de Laghouat comme dans toute l’Algérie des vestiges préhistoriques, notamment dans la région de Safsafa, d’El Gaicha (Aflou) avec des stations de gravures rupestres, et El Hamra avec deux bubales datant de 16000 ans.
Je ne quitterai pas cette région sans parler des habitations troglodytes et d’une magnifique fresque de trois autruches laissant croire que cette région était une savane! On y rencontre aussi des ruines attribuées aux passages de civilisations en milieu Berbère, notamment les romains et les arabes.

Laghouat est aussi le berceau du nationalisme algérien « c’est à Laghouat ou cheikh El M’barek el Mili avait ouvert la première école dès 1927 qui composera la première histoire nationale de l’Algérie en langue arabe » (2)
En 1948 une deuxième Medersa a vu le jour, grâce à la solidarité des citoyens de la ville et malgré les difficultés crées par l’administration coloniale, elle s’est implanter au cœur de la ville enseignant une génération qui donna de grands hommes et femmes.

cavalier

cavalier

Laghouat est aussi connue pour son cheval Barbe, selon la paléontologue animale Yasmina Chaid Saoudi, son existence remonterait à 30 000 et 10 800 ans avant notre ère.
Il reste cependant le compagnon de chasse et de sport mais ses qualités premières dans la région se traduisent surtout dans les spectacles de fantasia, lors des fêtes du tapis, des dattes, mariages, pèlerinages et waadat.

Tapis

Le tapis rouge et noir de Djebel Amour (Laghouat) est un legs culturel et artistique de la région, Le marché du tapis d’Aflou (Laghouat) témoigne de la promotion et de la commercialisation de cette richesse indétrônable,
« Ces tapis représentant des formes géométriques s’inspirent de la nature environnante et traduisent le us et coutumes anciennes de la région selon les chercheurs consternés de la filière, » (3)

Laghouat est aussi connue pour son orchestre de musique Thoraia qui fut le flambeau de la chanson arabe tendance soufi puis classique à travers les hauts plateaux et d’autres régions dont son chef d’orchestre luthier Mabrouk Djoudi était l’ami et le confident du grand poète laghouati Abdellah Benkeriou.
Cet orchestre a fait l’objet de nombreux rapports de l’administration coloniale pour avoir sillonné l’Algérie dans les années 40 sous la couverture du mouvement SMA (Scouts Musulmans Algériens) et avoir semer le patriotisme.
Invité en 1949 à Tébessa par cheikh Larbi Tebessi qui avait enseigné à Laghouat et par Farhat Abbas à Sétif, sa présence en cette dernière région fût liée aux événements du 8 mai 1945, ce qui lui valut une étroite surveillance, d’autant que les membres de Thoraia avaient des contacts dans les milieux politiques, alors que son agrément (1943) était culturel. (4)

Laghouat a aussi ses monuments architecturaux qui n’ont rien à envier aux ouvrages des autres régions du pays !
A titre d’exemple la belle mosquée Essafah qui surplombe le plateau au cœur de la ville, Construite par l’architecte italien Giacomo Ahmed Molinari entre 1864 et Mars 1874, elle est un joyau que tout laghouati est fier de posséder. (5)
Le second ouvrage est la belle medersa construite entre 1945 et 1948 par un autre Italien Busca. D’’une architecture mauresque, cette bâtisse est encore une référence dans le domaine. (6)
Entrouverte, Laghouat, porte du sud, dévoilerait tous ses charmes ! La visite vaut le détour!

Souad Chatta.

(1) Avril 1941 Claude-Maurice Robert
(2) Ch Ageron Histoire de l’Algérie contemporaine. Paris 1979 page 235
(3) Tapis de djebel Amour fierté de la wilaya de Laghouat, publié le 24 avril 2013 par Laghouati,
(4) Rapport n°68:S du 16 /7 /1949 archives d’outre-mer, Aix en Provence,
(5) Amine Lotfi Soukhal
(6 ) www.sidielhadjaissa.com/article-medersa-de-laghouat