Le Tassilli N’Ajjer – Carnet №1

L’avion s’est posé sur la piste de l’aéroport Tiska de Djanet à deux heures du matin, un vol de nuit perturbé par des secousses annonçant des jours pluvieux sur le Tassili. Khami, notre guide tergui nous attendait de pied ferme mon amie Hamida et moi et déjà nous annonçait le programme de notre première journée au Tassili N’Ajjer. Une fois nos bagages récupérés nous prîmes la route vers Djanet. Il faisait encore nuit, les lampadaires laissaient apparaître une ville formée de cubes collées les uns aux autres longés de part et d’autre de gros blocs de roche noire qui lui donnait l’atmosphere d’un plateau de film western ! Nous arrivâmes enfin à une maison calée au flan d’un monticule de sable, un pied à terre prévu pour nous avant la levée du jour.

Au petit matin, la lumière de l’automne donnait à la roche et aux quelques dunes de sable ici et là sur notre chemin vers la ville une couleur apaisante mêlée au vert de la fameuse palmerais de Djanet.  Une ville qui couvre quatre quartiers, construite sur un monticule où les maisons s’emboîtent les unes aux autres lui donnant l’’aspect d’une toile inachevée.

Nous passâmes au marché local, chargeâmes quelques provisions et prîmes la route nationale 3 en direction du nord vers la région de Tananet à 90 kms de Djanet. Le temps se faisait pluvieux à la surprise de notre guide et chauffeur qui avaient prévu une nuit sur la dune. Ce programme fut abondonné, chercher un abri afin de nous abriter loin du lit de l’oued pour le restant de la nuit était notre seul objectif. Avec l’expérience et la connaissance du terrain, notre chauffeur Émi arpenta plusieurs dunes et longea des couloirs de roches gréseux aux crêtes et des pitons crénelés avant de stopper en haut d’un SIF de dune loin des oueds qu’il prévoyait en crue et dangereux pour nous cette nuit-là.

Nous installâmes notre camp dans un cirque sablonneux au pied d’un majestueux massif dentelé. Notre guide commença à arracher des touffes d’alfa autour de nous qu’il rajoutait au bois d’accacia pour préparer son feu. Le coucher du soleil était témoin de notre première cérémonie des trois thés tergui. « Le premier est amer comme la mort, le deuxième doux comme la vie, le troisième sucré comme l’amour » disait notre guide Khami. Voilà comment nous sommes entrées dans le territoire des touaregs ! Une philosophie en guise de trépied sur lequel repose le cosmos…

Cette nuit fût pluvieuse et nous eûmes droit à une soupe de notre chef Ida grâce à la résistance du bois d’accacia qui en feu, luttait contre les trombes de pluie qui s’abattaient sur nous. Nos accompagnateurs finirent la soirée par creuser, cherchant le sable sec et dessiner leurs lits pour la nuit,  une technique utilisée par les touaregs en periode de pluie. Le vent fort taquina nos tentes et donna à la nuit une musique qui accompagna les paroles de nos rêves d’aventurières.

Au matin, les éclaircies étaient au rendez-vous nous indiquant que l’on pouvait avancer, photographier les sites avec une belle lumière. Le sol des dunes était dur dû aux pluies de la veille qui permirent à notre 4X4 d’avancer plus vite sur un site souvent sablonneux. Nous longeâmes la chaine de l’Erg Admer, traversâmes oued Sersouf en direction de la ville de Bordj El Haouas (fort Gardel) pour nous approvisionner d’essence, arranger une roue creuvée en cours de route et acheter le pain à la seule boulangerie de cette ville qui était loin de satisfaire le monde qui attendait ! Cette situation nous poussa a abondonner ce projet perieux !

La batisse du fort Gardel est assise en tailleur au milieu de cette petite ville longtemps appelée Izowaten, batisse ouverte à tous les vents temoignant de scénes jadis de militaires français venus identifier, délimiter, mesurer, évaluer et habiter une propriété qui ne leur appartenait pas. Ce passage à travers cette ville, m’a laissé un arrière goût d’amertume accentué par cette pauvreté qui pesait sur les lieux. 

Nous abordâmes par une route chameliére et de paturages, dans un décor lunaire, le plateau d’Dider, une depression à 1050 m d’altitude le long de Djebel Assar pour atteindre le site classé monument historique par l’UNESCO de Tin Teghert . Un agent du parc National du Tassilli nous invita a retirer nos chassures afin de ne pas marteller les dessins autrefois malmenés par les étrangers et leurs moulages agressifs et de s’engager sur cette pente douce et unie de 40 m2 representant plus de 150 gravures rupestes de la période Bubaline selon Malika Hachid (entrepologue).  J’étais comme une enfant, allant de figure à l’autre, certaines representaient des cercles concentriques qui ressembent a ceux que j’ai photographié dans l’atlas saharien prés d’Aflou ( wilaya de Laghouat ) et à Brizina à Djebel El Ham dans la wilaya d’El Bayedh.

Un boeuf de 5 m de long prenait le centre de ce glacis, trois giraffes, un lièvre, le rhinocéros, l’antilope m’enchantaient et je les mettaient un par un dans mon boitier noire pour les contempler plus tard comme des parents qui nous ont quitté ! Un peu plus bas de ce tallus, figurent des contours de pieds accompagnés de caractères libyco-berbères. Plus haut un ithyphalique masqué rajoutait à cette gigantesque fresque une athmosphère magique.

Un repas préparé par Ida notre cuisinier nous attendait dans un abri a proximité de ce site en forme d’espace troglodytique certainement utilisé aussi par les chameliers de passage. La cérémonie du thé finie, Ida laissa les restes du repas aux corbeaux qui nous tournaient autour cherchant leur part. Un traquet (oiseau du Tassili) appellé conmunément ici Moula , oiseau à la tête blanche était aussi de la partie et allait nous suivre tout le long de notre périple temoignant et bénissant notre trajet comme nous l’on expliqué les touaregs rencontrés dans cette vaste mer de sable.

Tel le plateau de Dider que nous quittâmes, le canyon d’Idarène-Ehrir à quelques kilométres de là, constitue la première étape du Paléozoique il ya 500 à 600 millions d’années, début de la formation du Tassilli N’Ajjer selon l’entrepologue Malika Hachid . Cette ancienne vallée glaciaire, remonterait à plus de 400 millions d’années et garde encore les traces d’une formidable glaciation. Au pied de ce canyon, coule l’Oued Edarène alimentant une palmerais au bord duquel, des hommes vivent dans leurs Zriba (case arrondie en pierres, surmontée d’un toit en chaume) et continuent a défier le temps et a nous émerveiller.

Suite du carnet de voyage avec la découverte du peuple et d’autres lieux du Tassilli N’Ajjer…

Souad Chatta

Novembre 2019.